Nom: N/D
Prénom: Dzeroh
Surnom: Le Démon
Âge: 42 ans
Race: Changeling/Korrigan/Lycanthrope/Njunbi/Sorcier/Succube/Vampire/Wisp
Sexe: Masculin
Nationalité: Irlandais/Écossais/Anglais
Date d'arrivé au Shéol: ±1870
Temps passé dans le Shéol: N/D
Clan: Wisps
Grade: Superviseur
Fonction / Profession: Gardien du terrain neutre et de la frontière entre les Shéols
Don/Pouvoir: [Très drôle. Ahah. Ne cherchez pas à savoir; disons simplement que mon titre, je le mérite.]
Attributs raciaux possédés: [Idem]
Arme(s): Aucunes
Apparence
Description physique: Pour quelqu’un ayant du sang de Korrigan, quelque part dans sa lignée, il est grand, vraiment très grand même, alors qu’en fait, il fait dans le mètre soixante-dix. C’est toujours, disons, soixante-dix centimètre que le plus grand des autres Korrigans, mais passons ; de ces ancêtres vampires, il a gardé les yeux rouges, presque qu’haineux. Des Lycanthropes, son épaisse crinière brune, d’un ancêtre incube ses traits fins : sa transformation en félin –vaut mieux ne pas en parler, parce que de mélanger félin et canin, c’est plus facile à imaginer qu’à décrire comme résultat. Depuis qu’il a repris possession de son corps, il porte une cicatrice sous son œil gauche, comme un sceau l’empêchant de le quitter. Son corps, malgré sa mort, ne dépéris pas ; probablement parce qu’il était déjà mort avant sa naissance. Des sorcières, il a gardé le regard étrangement étroit, presque cinglant, qui semble vous demander d’arrêter de penser trop haut –mais hein, c’est impossible, il ne sait pas lire dans les pensées, tout de même. N’est-ce pas ?
Côté vestimentaire, on ne peut pas dire qu’il est pudique; il a été élevé dans la totale abnégation de ce sentiment. Il porte tout de même souvent des vêtements amples et sombres, surtout lorsqu’il s’attend à avoir de la visite –et il est difficilement surpris.
Signes particuliers: Le sceau sous son œil gauche
Description psychologique
Caractère: Il est un peu perturbé, comme personne ; un peu comme s’il avait une conscience lycanthrope, qui s’était si bien fondée en lui qu’il n’a jamais remarqué son existence. Il a tendance à être horriblement noir dans ses pensées intérieures –plus noir qu’il ne l’est vraiment. Dans son enfance –enfin, du temps où il était vraiment vivant- il était du genre un peu trop optimiste et enjoué, croyant porter en lui le flambeau de l’unification de toutes les races ; flambeau qu’il était prêt à porter avec fierté, voulant prouver que toutes les races pouvaient vivre en paix. À quelque part, il semble avoir été un peu désillusionné –environ vers sa troisième ou quatrième mort- et, plutôt que d’être neutre dans son appréciation des races, disons plutôt que sa haine envers chacune d’elle est répartie de manière également incommensurable. Enfin, c’était durant les quelques premiers mille ans ; il a finit par passer par-dessus, bien que ce qu’il fasse et dise ne représente pas toujours ce qu’il pense ; par contre, il a gagné de son héritage familial un sens du devoir prononcé, et il s’est promis de poursuivre le but qu’on lui avait donné jusqu’au bout –sans jamais intervenir pour ou contre les races, les laissant s’entre-déchirer si cela leur plaisait. Il a une certaine affection inavouée pour les Éphémères, partageant un peu de leur fardeau et de leur peine –quoique ceux-ci puissent se montrer, généralement, être de pauvre compagnie. Oh, également, il semble avoir plusieurs stades de pensées.
Il est du genre à vivre calmement dans son coin et à vivre sur sa réputation plutôt que de chercher à la prouver au premier venu; il ne se laisse pas insulter, mais évite tout contact avec les autres.
Manie(s) : Plus on s’approche de lui, plus il recule. Autrement, il plante souvent des graines près de sa cabane, même si rien n’y pousse.
Phobie(s): Autrefois, être seul; aujourd’hui, probablement le contraire, ou les deux à la fois. Les humains, aussi. Lui-même, parfois.
Biographie
Histoire: C’était peu après l’histoire de la formation de l’enfer des non-humains, le Shéol ; les races, ou plus ou moins quelques représentants de ces dernières, avaient décidées de conclure une entente de paix pour le moins singulière, dans le but de contrer leur ennemis commun, les humains, et de libérer les leurs. C’étaient peut-être les plus innovateurs de leur race –ou les plus fous. Ils avaient décidés de commencer un long métissage entre leurs races, afin de prouver leur bon vouloir dans l’unification des races de l’autre monde, pour créer une sorte de personne qui représenterait un terrain neutre entre eux, quelqu’un qui n’aurait de parti prit. Il leur fallu bien quelques générations pour y arriver (heureusement que quelques races s’étaient déjà hybridées auparavant), en y incluant la difficulté qu’ils eurent à trouver des vampires qui accepteraient de se mélanger à d’autres races ; le mot ‘viol’ n’est bien entendu plus utilisé pour désigner cette pratique tout à fait scientifique visant le bien de toutes les races. M’enfin.
Quelques part, à force d’essais, ils arrivèrent à un mélange plus ou moins balancé ; lui qui était un mélange de tout, on le nomma ‘Dzeroh’, ironiquement désigné comme étant l’absence de toute matière, lui qui en était la somme. Il ne connu pas vraiment ses parents, voyageant continuellement entre les différents clans pour se familiariser avec les gens et les coutumes. Les dix premières années passèrent ainsi, sans vraiment avoir de foyer, mais en sachant qu’il était aimé de tous ; jamais enfant n’eu une aussi grande famille, et il trouva toujours une oreille attentive pour l’écouter, des bras pour le porter quand il avait sommeil et quelqu’un, non loin, lorsqu’il lui arrivait de se blesser. Un autre aurait peut-être trouvé cela étouffant, mais il n’aimait rien de plus que tous les gens qui l’entouraient, et à cet âge là, on ne pense pas vraiment à son ‘espace vital’.
Vers sa douzième année, l’on commença à parfaire son éducation –la vraie, pas celle des lettres et des chiffres, mais plutôt celle du monde. Une sorte de tristesse l’envahit lorsqu’il apprit le sort de ceux qui avaient jadis crus aux hommes, se promettant, presqu’innocemment, qu’il serait celui qui arriverait à sauver ceux de ‘l’autre côté’ de la barrière. Les trente prochaines années furent dédiées à l’apprentissage de la culture des hommes, à la connaissance de l’histoire du monde –en commençant par sa formation- et au développement de chacun des traits particuliers que ses ancêtres lui avaient laissés. Il éprouvait, toujours, une très grande fierté à voir ses précepteurs le féliciter, ne s’inquiétant seulement que du fait qu’ils semblaient, dans quelques cas, vieillir bien vite –pour ensuite mourir et être remplacés par d’autres personnes. Vient un moment, pourtant, où il se demanda sérieusement à quoi toute cette éducation pouvait bien le mener; c’est vers l’âge honorable de quarante ans qu’on le lui apprit, peu avant le seuil de son âge adulte.
Il comprit bien vite l’importance de son rôle –car à travers les générations, il arrivait bien à voir les tensions qui existaient entre les différents clans, bien qu’ils ne se soient jamais vraiment ouverts à lui sur ce sujet- et le prit très à cœur, annonçant qu’il était prêt à entrer en fonction dès l’instant présent s’il le fallait ; ce à quoi l’on répondit que l’on n’attendant pas moins de sa part. On le conduisait donc, après certains préparatifs –dont il ne connaissait pas la nature, d’ailleurs ; il suffisait de le dire à tout le monde et ce serait réglé, non ?- à l’endroit de ses futures fonction, le cimetière, un soir où les humains faisaient la fête et ne prêtaient pas attention à eux. Tous le monde était là ; la plus vieille des sorcières, celle qui lui avait toujours raconté les meilleures histoires –probablement parce qu’elles étaient vraies- ; il y avait également le fils d’une branche connue de vampires, de ceux qui ont le sang pure et l’affichent fièrement –il ne l’avait jamais vraiment aimé, parce que bien qu’il disait que c’était différent pour lui, il n’arrêtait pas de parler en mal des hybrides- ; il y avait un lycanthrope en pleine transformation, qu’il ne se rappelait pas avoir déjà vu, mais qui semblait prendre un certain plaisir à faire peur aux enfants Changelings, pour ensuite essuyer leurs pleurs ; il y avait également trois fées et un farfadet, ce dernier étant le père des trois autres et éprouvait une très grande fierté envers sa progéniture : il était d’ailleurs en train de passer un savon à celui qui, par inadvertance, les avaient bousculées et s’était excusé en prétextant ne pas les avoir vu (ce qui était probablement vrai). Il remarqua également du coin de l’œil des jumeaux, l’un incube et l’autre succube –mais il détourna vivement les yeux, car avec l’approche de sa maturité, il sentait son sang se réveiller, et il n’était définitivement pas prêt, mentalement du moins, pour ce genre de distractions- qui s’amusaient à rire de leurs aînés, offusqués de leur flagrant manque de pudeur. Dans un coin, il remarqua également un groupe un peu plus désordonné, qu’un homme –enfin, leur chef, plutôt- semblait vouloir mater, sans vraiment y parvenir tout à fait. Les zombies –ils pouvaient être drôles, parfois, mais leur constante envie de manger le repoussait ; par contre, chez ceux qui avaient réussis à développer une conscience, il avait découvert un humour plus que particulier. Passons.
C’était un drôle de portrait de famille –mais étrangement, il ressentit tout l’honneur de pouvoir porter un peu de chacun d’eux en lui, dans ses veines, dans son héritage.
Lorsque les bruits de la fête approchèrent leur maximum, cela commença. Il ne savait pas trop ce que c’était, ne fait ; mais la sorcière réclama le silence, et tout le monde l’écouta, pour une fois. On expliqua alors qu’il lui faudrait traverser de l’autre côté de la frontière entre les deux mondes, là où les Wisps résidaient.
Le reste de l’histoire –c’est à peu près tout ce qu’il me reste de vraiment clair à l’esprit, puisque tout le reste, avant, semble être flou depuis- est on ne peu plus clair. Je me souviens que la sorcière a commencée son incantation, que j’ai sentit mon corps se détacher un peu de la réalité de ce monde, pour arriver à entrevoir l’autre ; les pâles figures ne prêtaient pas attention à moi, de l’autre côté, mais toute leur tristesse et leur haine m’envahit, me traversa, réveillant cette partie de mon esprit qui n’avait jamais, encore, connu la souffrance. Un peu paniqué, je me souviens avoir jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule, comprenant enfin pourquoi je n’arrivais pas à traverser de l’autre côté ; celle-là même qui m’avait fait traverser me conservait, au prix d’un effort visible, entre les deux mondes, suspendu entre les deux espaces. À quoi bon ? Je n’arrivais pas à lui dire qu’elle pouvait me laisser aller, que je n’aurais plus peur maintenant ; ma voix resta dans ma gorge, ne quittant pas même le seuil de mes lèvres, interrompues par le chant d’une autre sorcière, plus jeune, avec qui je me souvenais vaguement avoir grandit : celle-là même commença son chant, et aussi vivement qu’il avait commencé, je me souviens avoir sentit mon corps se déchirer en deux, le bruit sec que firent mes os en se disloquant, sentant mon âme, mon esprit se détacher pendant une fraction de seconde, avant que le douleur que je ressentais ne s’inverse, tout aussi douloureusement, alors que mes membres se remettaient en place, me laissant pantelant.
Je ne sais ce qui les fit le plus frémir ; mes hurlement de douleur, de rage, ou le fait que mon héritage de sorcière m’aie donné neuf vies ?
Rapidement, l’aîné des sorcières a repris ses incantation, m’empêchant de quitter la frontière –pour peu que je le sache, car à ce moment la douleur m’aveuglait, et mon corps qui se régénérait me semblait bourdonner, à un point tel qu’il m’empêchait tout discernement ; je me souviens, toutefois, avoir sentit des doigts froids se poser un instant sur ma joue, et d’avoir levé des yeux suppliant, pour rencontrer ceux, rouge comme la braise, qui m’avaient toujours semblés si distants. Ma vue se voila à nouveau, me laissant dans la tête l’amer image de son sourire satisfait alors que je sentait le sang qui m’avait rendu si fier me quitter peu à peu, sans toutefois pouvoir parvenir à me débattre, la rage sourde à laquelle je me soumettais m’empêchant de vraiment pouvoir comprendre ce qui se passait. Quelqu’un, assurément, allait réussir à me trouver, à découvrir que ces gens étaient contre l’idée de la neutralité entre les clans. Alors que je sentais son corps s’éloigner du miens, je sentais le mien devenir froid, plus que le sien encore, se couvrait d’engelure, pour ensuite se réchauffer, si vite, alors que le sang revenait dans mes veines, me donnant l’impression de brûler vif. Alors que je me tordais, j’entendais vaguement l’homme défier les autres de prendre leur tour.
Les jumeaux furent les premiers à répondre à l’appel, avec un peu trop d’enthousiasme peut-être. Ils s’approchèrent en laissant leur regard passer entre eux, comme s’ils pouvaient en fait se parler sans mot ; le langage du corps, peut-être. Je crois qu’à ce moment, mon détachement commençait à être tel que ce qui me dérangeait fut plus leur conversation que ce qu’ils firent.
-Tu l’as entendu, tout à l’heure ? Commença l’un, tout bas. Vu comment il criait, ça devait faire mal.
-J’aime bien quand ils crient, fit l’autre en riant doucement. C’est plus drôle.
-T’es bizarre. Maman a toujours dit que si tu y prenais trop plaisir…
-Je sais, je sais ; un jour je ne serai plus capable de le faire sans qu’ils crient. Peu importe.
-Tu as raison. Il a un joli visage, quand il a mal. Pauvre petit, on dirait qu’il se sent trahit. Tu crois qu’il va pleurer ?
-Il pleure déjà, dit l’un en s’approchant un peu trop près de mon visage, alors que je serrais les dents. Pauvre, pauvre petit.
-Ne t’inquiètes pas, murmura l’autre à mon oreille, nous allons être très gentils. Avant de te tuer, bien entendu…
Je sentis une main qui m’obligea à relever la tête, et malgré ma vue brouillée par les larmes, je réussis à apercevoir l’audience, la plupart de gens esquissant un mouvement de dégout, pudique peut-être, avant de parler entre eux, probablement sur leurs doutes quant à la méthode des jumeaux. Ils n’étaient, après tout, pas ici pour s’amuser. J’aperçus également, du coin de l’œil, le Lycan qui attirait les plus jeunes vers lui, mettant prestement sa main devant leurs yeux innocents, qui ne comprenaient pas ce qui se passait. Un rire amer, silencieux, monta en moi, alors que je songeai qu’il avaient vus deux morts sans rechigner, et que ça, c’était jugé comme étant trop pour leurs jeunes yeux. Les soubresauts de mon rire se perdirent dans ceux de mon corps se débattant contre les effets du poison, n’ayant presque pas conscience de la –des ?- langue qui l’avait emmené, la sentant simplement glisser hors de mes lèvres entrouvertes, sans vie. Ils s’en allèrent prestement, soucieux de leur hygiène personnelle, probablement –c’est donc en se plaignant du fait qu’ils soient tout poisseux qu’ils partirent, laissant place à un certain malaise.
Les trois jeunes fées, un peu roses peut-être, mais très calme, je dois l’avouer, s’approchèrent doucement, alors que le poison se dissipait, que le goût douceâtre était absorbé dans mon sang. Elles attendirent bien patiemment que mon âme daigne regagner mon corps –il me semblait que le lapse de temps devenait toujours de plus en plus grand, mais peut-être était-ce simplement que j’en avais plus conscience qu’auparavant. J’entendis leurs ailes frétiller à mes oreilles alors que le sors revenait, et aussitôt que j’essayai de bouger, l’on m’en empêcha ; elles s’agrippèrent à moi, et il me sembla qu’il me fallait attendre une éternité avant de comprendre ce qu’elles faisaient. Les fées, à ne pas en douter, étaient très maligne : s’il leur était possible d’extraire les pouvoirs des morts, pourquoi pas ceux des vivants ? Et s’il leur fallut du temps, peut-être était-ce du par leur manque d’expérience ou d’une puissance que je ne me reconnaissais pas dans le temps, mais lorsque je sentis la dernière étincelle de magie me quitter, je cru bien mourir pour de bon : après tout, sans pouvoir, je ne pouvais pas vraiment être considéré comme une sorcière, et donc, finit les… cinq vies restantes. Alors qu’elles se détachaient de moi, je remarquai avec un certain effroi que les fées avaient grandi, mais qu’elles paraissaient bien, bien plus jeune, et plus dangereuses aussi. Alors, et seulement alors qu’elles se félicitaient l’une l’autre pour leur jeunesse retrouvée, je sentis ma magie revenir à moi, comme lorsque l’on prend une grande respiration après être resté sous l’eau trop longtemps.
Je tiens à préciser que j’ai sentit ma magie me revenir, et non pas la magie. Je tirai sur elle, comme l’on tire désespérément sur une corde, tant et si bien qu’elle revint bien vite, sans toutefois m’arrêter lorsque je sentis qu’elle m’était toute à fait retournée ; je continuai à tirer, à prendre la magie, celle qui m’était étrangère, jusqu’à entendre les cris du père, alors que ses filles s’évanouissaient sur le sol, leurs ailles se flétrissant avant de ne devenir que poussière. Ils voulaient me tuer ? Soit. Je n’allais pas leur rendre cette tâche facile, non plus, et certainement pas les laisser faire sans sacrifice.
Il y eu un moment d’hésitation, et ce sont les petits, qui ne comprenaient pas trop tout ce qui leur arrivaient, qui s’avancèrent, presque heureux de pouvoir aider leurs ainés dans leur travail. S’aurait peut-être pu être ma meilleure mort, si l’on peut le dire ainsi, s’ils n’avaient pas ratés leur première tentative. Ils durent, en fait, recommencer une bonne dizaine de fois chacun avant de réussir à atteindre une fonction vitale ; on moins, on peut dire qu’ils ont du cœur au ventre et qu’ils n’abandonnent jamais. Je me souviens, en revenant à moi, qu’ils étaient toujours là, et leur avoir fait peur, d’une manière ou d’une autre -peut-être que c’était dû au fait que, commençant à fléchir, la sorcière n’avait pas réussit à me contenir lorsque je suis revenu à moi et que je me suis lancé vers eux, à travers la frontière, les blessant ‘accidentellement’ au passage. Cette fois-ci, la sorcière n’eu ni le temps, ni le besoin d’intervenir, leur gardien ayant bel et bien terminé sa transformation s’étant lancé à leur rescousse, dans une rage jamais égalée par la suite. Je me souviens de la sensation brulante du sang qui s’écoulait en même temps que celle de la chair qui se régénérait, pas assez rapidement pour empêcher le massacre. Il ne resta de moi qu’une étrange carcasse difforme, sur le sol, et je me souviens du froid, de cet étrange froid de mort, alors que je sentais mon âme flotter dans l’attente de la régénération de mon corps, voyant les os se rattacher entre eux, le bruit de succion de la peau qu’y s’y rattachait, du bourdonnement du sang qui s’évaporait. Je réintégrai le corps trop vite, sentant la brulure que pouvait causer la trop forte activité des cellules de mon corps qui se reproduisaient. J’étais cloué au sol, cette fois, par la cage de mon corps plutôt que celle de la magie de mes ancêtres, n’arrivant pas à trouver la force de pleurer –à moins que toutes les larmes ne se soient déjà asséchées à ce moment- et sentant ma voix se casser, ne la reconnaissant plus moi-même. Malgré tout, je ne cherchais plus à comprendre, possédé seulement par une pensée : il ne me restait plus que trois morts à souffrir, et ensuite, plus rien, enfin.
Je remarquai, du coin de l’œil, Saranav, que l’on avait attaché et que l’on retenait, que l’on faisait probablement autant souffrir que moi, et ne pu trouver le courage de lui demander pardon pour eux. Mon compagnon se débattait de tout son fort, tentant de défaire ses liens pour me venir en aide. Je le perdis de vue au moment où l’on me redressait, me sentant bousculé entre différentes mains, la lente monotonie des sons qui me parvenaient me faisant soudain réalisé que les Njunbi étaient, à leur tour, venus prendre leur part du spectacle. Ou, dans ce cas ci, leur part du gâteau ; ils s’en donnaient à cœur joie, la perspective d’un repas aussi frais ne leur étant malheureusement –enfin, dépend du point de vue- pas toujours possible. Peut-être que c’était à cause de mes précédentes mort, mais il me sembla soudain que peu importe le nombre de membres que l’on m’arrachait, la quantité de sang qui s’écoulait e mes blessures, je n’arrivais tout simplement pas à mourir, et j’eu soudainement peur que cela me fut maintenant impossible ; je ne réalisai que bien plus tard qu’en fait, malgré ma mort, je n’avais simplement pas perdu la sensation de mon corps, et en me concentrant bien, j’arrivai même à le sentir alors qu’il était séparé de moi, et lorsqu’ils se sentirent enfin repus, des crampes les assaillirent ; tous mes membres, mes os, mon sang, tout cherchait à revenir, après ma mort, au corps maître, à se rattacher à mon âme, et c’est avec un certain dégout non caché que la plupart des spectateurs assistèrent à l’étrange scène, voyant le repas des nécrophages se créer des sorties, en tuant un ou deux et laissant les autres avec quelques lésions avant de se reformer, l’odeur de putréfaction accompagnant celle, plus âcre encore, qui accompagnait chaque restructuration.
C’est à ce moment, alors que je croyais qu’ils en étaient venus à avoir perdu leur motivation –la plupart ayant rendu leur déjeuner à un moment ou à un autre- que les jumeaux revinrent, très bien accompagnés cette fois. Ils avaient, sur leur chemin, croisés un homme, qui s’était bien entendu laissé prendre dans leur piège, et ils criaient à tue-tête qu’il faisait, apparemment, partit des Orkizeins ; il serait bien dommage, après tout, d’exclure les humains des festivités. L’homme ensorcelé, donc, ne prit pas beaucoup de temps à me tuer, heureusement ; dommage que ce ne fut pas autant par considération que de par le fait qu’il n’eu plus toute sa tête pour réfléchir à une manière ingénieuse de me tuer. J’ai toujours détesté les humains, et celui-là me faisait pitié ; il ne me faisait pas autant peur que ceux qui, dans les histoires que l’on m’avait raconté, avaient tués des centaines des nôtres et avaient créés le Shéol. Les jumeaux rirent bien de voir leur nouvel ami se réveiller de son ébahissement, horrifié de ce qui se passait, mais perdirent bien vite leur sourire lorsque, affolé, il se prit à brandir son arme partout, apeurant les gardiens de mon familier, qui en profita pour se défaire de ses liens et accompagner l’homme dans son mouvement de panique, tuant tout ce qui lui tombait sous la patte.
C’est au prix d’un grand effort que je me redressai, sentant mes membres craquer à chacun de mes gestes, mes plaies se rouvrir et se refermer à chacune de mes respirations. Je levai péniblement le bras, apportant mes doigts à mes lèvres, cherchant un dernier souffle d’air pour siffler. Le son fut faible, mais assez distinct pour que la bête quitte ses victimes et s’élance vers son maître, les yeux emplis d’inquiétude.
-Dzeroh, je…
-Ça vas. Tu peux faire quelque chose… pour moi ?
-Dit. Je les tuerai jusqu’au dernier.
-Non. Je vais avoir besoin d’eux pour enfermer définitivement mon esprit. Je veux que… que tu me tue, Saranav.
-Mais, je !
-Je veux que ce sois toi, mon frère, et personne d’autre, qui me tuera.
-Je comprends, mais pourquoi ? Ils sont…
-Je veux le voir, Saranav. Je veux voir les peuples s’entre-tuer, je veux les voir mourir un à un.
-Je peux le faire, je peux les tuer. Laisse-moi le faire…
-Non. Ils ne souffriraient pas, tu comprends ? Je veux les voir souffrir, je veux les voir se trahir, se…
J’avais promis d’être neutre, et je le serais. Je ne porterai pas une affection particulière envers les races ; je les détesterai tous, au point où il ne me dérangera plus de différencier laquelle a le plus mal, mais plutôt au point de veiller à ce qu’elles aient toutes un mal de la même intensité. Je sentis Saranav, doucement, prendre mon dernier souffle de vie, un doux sourire quittant mes lèvres. Ma dernière mort, quoique qu’égoïste qu’elle fut, me laissa une impression de flottement, comme si mon corps en était venu à pardonner toutes les autres. Je me détachai complètement, et remarquai la stupéfaction de mon ami, alors que mon corps se mettait à bouger de lui-même, bien que mon âme n’y fût pas. Ironiquement, il me fallut mourir neuf fois avant de comprendre que les zombies étaient des corps sans âme ; étant un zombie, quelque part, et mon âme ayant quitté mon corps, il ne faisait que réagir à sa nature profonde. Je paniquai presque en voyant ma vue se troubler, ramenés à la lucidité par le hurlement déchirant de mon compagnon, me plantant fermement devant mon corps, maintenant celui d’une conscience autre que la mienne. La sorcière m’observait de loin, et c’est d’un magnifique sourire que je la gratifiai avant de posséder mon enveloppe corporelle, pensant qu’elle avait bien fait de deviner qu’il suffisait d’être entre les deux Shéols en mourant pour devenir un Wisp. C’était tout ce qu’il manquait, après tout, pour que je sois vraiment le tout des races du monde extérieur.
Elle se dépêcha, alors que je m’évanouissais, à sceller l’entrée de mon esprit dans mon corps. Je ne me souviens pas du temps qu’il me fallut pour récupérer entièrement ma conscience, et je me battis longtemps avec l’esprit, archaïque, du zombie en moi. Je me réveillai trois ans plus tard –ou peut-être était-ce trente, ou trois cents- dans ma nouvelle demeure, Saranav à mes côtés, et entrai immédiatement en fonction, commençant l’histoire du monde par celle de son premier membre neutre, espérant également être celui qui permettrait de le réduire à néant.
Je suis maintenant le gardien des deux Shéol –puisqu’il m’est possible de voyager dans chacun des deux, simultanément ou pas- et de tous les Wisps, qui semblent avoir trouvés refuge dans le cimetière, près des tombes de leurs êtres aimés ou d’inconnus, parfois, qui resteront toujours sans nom. Depuis, inlassablement, je regarde les jeux de pouvoir entre les clans, n’intervenant que pour les empêcher de se dicter leur conduite respective –et en sévissant lorsque l’on n’écoute pas mes paroles. Je suis leur création ; à eux d’assumer Le Démon qu’ils ont créés, celui qui porte la plus grande haine envers eux. Qu’ils aient peurs, qu’ils tremblent ! Ce n’est pas moi qui les sauverai, ni ne les laisserai tomber dans l’oubli. Continuellement, je les obligerai à vivre, contre leur gré, dans toute la douleur de leur existence.
Autres informations
Possessions: Une cabane dans le cimetière, plein d’objets insolites, le livre où il note tous les événements et les changements qui occurrent dans les deux Shéols, ce dernier ne le quittant jamais.
Autre: Saranav, son familier ; il a porté bien d’autres noms, avec le temps, et même après sa mort, il est resté fidèle à son maître et ami. C’est un gros, très gros chien, tout noir, très affectueux –mais il a tendance à arracher le fond de culotte des gamins et à cracher du feu quand il n’est pas content. Heureusement, il jappe plus souvent qu’il ne mord.